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En santé, la course d’obstacles de la recherche jusqu’au marché

May 22, 2019

Production de cellules souches, rôles du microbiome, immunothérapies : la recherche fondamentale ne manque pas de sujets prometteurs dans le domaine de la santé. Encore faut-il surmonter l’obstacle du modèle financier pour accéder au marché. Des représentants de LNC Therapeutics, Siric-Brio et Treefrog Therapeutics ont partagé leurs expériences lors du Forum Santé Innovation organisé par La Tribune, ce 15 mai 2019, à Bordeaux.

« Quand on est au début d’un cycle d’innovation, les gens nous prennent pour des rigolos parce qu’il n’y a pas de précédent. Il faut alors traverser un désert en s’appuyant sur nos preuves de concept. C’est ce que nous avons fait depuis 2010/2011 avec les cellules CAR-T et c’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui avec nos travaux sur le microbiome. »

Georges Rawadi, le CEO de l’entreprise LNC Therapeutics, illustre bien les difficultés qu’il faut surmonter pour passer du stade de la recherche fondamentale à celui du marché. Il s’est exprimé lors d’une table ronde organisée à Bordeaux par La Tribune dans le cadre de la 3e édition du Forum Santé Innovation, mercredi 16 mai, devant plus de 200 personnes à l’Institut culturel Bernard Magrez.

Des délais d’autorisation à rallonge

Et s’il n’est nulle part simple de convertir la recherche en produit rentable, la France ne se distingue pas par sa réactivité en matière d’autorisation de mise sur le marché (AMM) puis de décision remboursement des nouveaux traitements. « Il faut compter 500 jours entre l’AMM et le remboursement, la France est ainsi au 20e rang en Europe sur ce sujet et on attend toujours par exemple une décision sur la thérapie des cellules CAR-T dont le traitement coûteautour de 700.000 € par patient », note Christelle Liard-Rossignol, gestionnaire de programme au centre de recherche en cancérologie Siric-Brio (Bordeaux recherche intégrée en oncologie). Et c’est la même problématique avec la validation des essais cliniques :

«On devrait prochainement passer à 45 jours contre 100 jours actuellement pour l’autorisation des essais cliniques en France. C’est mieux mais ça reste très long pour des patients qui se trouvent dans des états métastasiques avancés. Ces délais sont de 20 jours aux Etats-Unis et 15 jours au Royaume-Uni ! », ajoute Christelle Liard-Rossignol. »

Et tout cela n’est évidemment pas sans conséquence pour les entreprises innovantes et pour le savoir-faire français : « Pour les biotechnologies, l’aspect règlementaire français est complexe, très long et complètement aléatoire alors que chaque mois nous coûte de l’argent parce qu’on a pas de rentrées financières tant qu’on a pas d’autorisation », résume Georges Rawadi qui pointe le risque de voir « de jeunes entreprises françaises se tourner vers nos voisins européens ou même vers les Etats-Unis et le Japon où il y a des cadres plus clairs sur le processus de délivrance de l’autorisation ».

Le prometteur marché des cellules souches

Cela n’empêche pas l’innovation d’éclore en France et, plus particulièrement à Bordeaux, comme LNC Therapeutics mais aussi la startup Treefrog Therapeutics qui vient de lever 7,1M€. « Treefrog a suivi tout le parcours assez classique de transfert de technologie avec

 

Aquitaine science transfert et nous avons aussi pu compter sur l’écosystème bordelais qui est plutôt efficace et plutôt soudé », témoigne Gabriel Chaigneau, directeur administratif et financier chez TreeFrog Therapeutics, qui poursuit : « Chez nous, les scientifiques ont pris àcœur leur métier de chef d’entreprise et montent en compétences sur ces aspects. On est en transition entre le monde scientifique et le monde des startups ». La recette du succès peut alors s’apparenter « à la combinaison de deux profils, l’un scientifique qui connaît son sujet en profondeur et de manière experte, et l’autre qui sait lever des fonds, convaincre des investisseurs et sonder le marché », souligne Christelle Liard-Rossignol, de Siric-Brio.

Avec cette levée de fonds, le dirigeant de Treefrog reconnaît qu’il dispose « d’une surface financière plutôt bonne pour le secteur de la biotech et pour une entreprise qui n’a que six mois mais l’enjeu est désormais de développer de quoi soigner et de le faire à un prix compétitif. »La startup, qui est en passe de faire sauter un verrou dans la production de masse de cellules souches, installera ses capacités industrielles en fin d’année à Pessac « Cœur Bersol » mais ne doit pas perdre de temps :

« Le marché de la thérapie cellulaire est très loin d’atteindre ce qu’il est possible de faire, ne serait-ce qu’avec les technologies actuelles. D’ici 5 à 6 ans, ce marché a un potentiel de 10Md€. Nous sommes à un bon moment avec une bonne technologie à laquelle on croit mais cemarché risque de se refermer relativement vite autour d’acteurs clefs, il faut donc sauter dans le train », insiste Gabriel Chaigneau. »

Et Christelle Liard-Rossignol, de Siric-Brio, est convaincue de l’apport de ce type de jeunes entreprises innovantes pour développer de nouveaux traitements : « L’industrie pharmaceutique se détache de ses services de R&D internes et mise davantage sur l’open innovation en confiant cette mission aux startups qui prennent, de fait, le rôle d’un maillon clef dans la chaîne entre la recherche fondamentale et l’industrie pharmaceutique. »

Mobilier les patients et le système de santé

Mais il faudra aussi réussir à faire évoluer deux acteurs cruciaux du secteur : d’une part, mobiliser les patients de façon active pour convaincre les pouvoirs publics d’autoriser, de tester ou d’importer des traitements innovants et, d’autre part, revisiter le fonctionnement du système de santé :

« Le système de santé actuel ne sait pas comment gérer un traitement de plusieurs centaines de milliers d’euros en une fois au lieu de payer quelques centaines ou dizaines d’euros régulièrement pendant 10 ans. Le système n’est pas conçu pour absorber ces nouveaux traitements en termes de financement et de remboursement », juge Georges Rawadi de LNC Therapeutics qui suggère de « payer une thérapie qui coûte cher uniquement quand elle fonctionne parce qu’on sait que certaines molécules ne fonctionnent pas pour tout le monde. Il faudrait s’orienter vers la rémunération de la réussite », conclut-il. »

Le Forum Santé Innovation a rassemblé plus de 200 personnes ce 15 mai à l’Institut culturel Bernard Magrez, à Bordeaux.

 

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